Petit retour sur le Cahier Week-End du Journal de Montréal ...
C'est bien rare que je fais ça, mais une "enquête" du Journal de Montréal me donne envie d'ajouter mon grain de sel dans le débat ... "Quand L'Idole Ne Répond Plus", nous apprend le journaliste Philippe Meilleur ... j'en pense quoi et vous en pensez quoi ... !?!
Il y a de ça un moyen bail que j'ai pris le temps de venir vous écrire sur mon blogue ... en partant, je m'en excuse ! L'animation du 6 à 6, en remplacement de mon ami François Fortin, et la gestion de la folie Tokio Hotel qui en aura découlé m'auront pour le moins un peu occupé dans les deux dernières semaines !
Ceci étant dit ... ce samedi matin, café à la main ... je lisais mon journal et je regardais le Cahier Week-End du Journal de Montréal, section Arts et Spectacles toujours bien étoffé. Une "enquête", signé Philippe Meilleur, toutefois est venu me titiller un peu et m'a fait réagir ... je vous parle de ça et je vous invite à me faire part de ce que vous pensez de ce dossier là ... la section commentaires sera là pour attraper vos réactions.
On résume un peu avant de commenter ...
"Quand L'Idole Ne Répond Plus" est le titre de l'enquête ... le journaliste Philippe Meilleur nous fait part là -dedans des résultats d'une démarche entreprise il y a de ça deux mois déjà . Pour les besoins de son "enquête", le journaliste a rédigé une fausse lettre de fan, et ce de la main, soit disant, d'un adolescent de 13 ans. Ce faux adolescent, toujours bien, a envoyé une lettre à 22 artistes, lettre dans laquelle il demandait à recevoir une photo de son artiste favori et demandait quand l'artiste allait donner un show à Montréal.
Le faux adolescent, après deux mois d'attente ... aura finalement reçu seulement quatre réponses sur ses 22 envois, réponses en provenance de Mes Aïeux, d'Isabelle Boulay, de Gregory Charles et des Cowboys Fringants.
Le journaliste, par la suite, énumère la liste des artistes qui, eux, n'ont pas daigné répondre à la missive qu'il leur aura envoyé. Ces "vilains" artistes sont Tricot Machine, Dumas, Pierre Lapointe, Annie Villeneuve, Richard Séguin, Nicola Ciccone, Éric Lapointe, Marie-Chantal Toupin, Marie-Élaine Thibert, Kaïn, Les Trois Accords, Malajube, Alfa Rococo, Robert Charlebois, Daniel Bélanger, les Vulgaires Machins, Galaxie 500 et Karkwa.
Philippe Meilleur, pour les besoins de son "enquête" a également demandé l'avis d'un expert en image et en culture populaire ... un spécialiste qui dit notamment que de donner suite au courrier d'un amateur est crucial pour la carrière d'un chanteur ou d'un groupe québécois. Le spécialiste en ajoute en disant que de ne pas répondre à une demande formulée par un fan est une erreur flagrante qui brise le lien de confiance qui s'est installé dans l'esprit du fan.
Voilà pour le portrait rapide de l'enquête de Philippe Meilleur. "Enquête" sensationnaliste pour laquelle j'ai des petites réserves. Je me permet ici d'en parler un peu et de vous laisser un espace pour, vous autres aussi, y ajouter votre grain de sel.
Les artistes, les chanteurs, les chanteuses sont des personnalités excessivement convoités. Des gars et des filles qui mènent de drôles de vie ... le 9 à 5, disons que c'est pas vraiment leur tasse de thé. Les artistes, par définition, ont un devoir de création. Leur mandat premier est de savoir enregistrer des chansons qui vont toucher, des chansons qui vont marcher suffisament fort pour leur permettre de vivre de leur passion. La vie d'un artiste se passe tantôt en studio d'enregistrement, tantôt sur scène, et ce aux quatre coins du Québec, tantôt aussi dans des salles de spectacles pour aller y applaudir le travail de d'autres artistes comme eux. Être chanteur ou être chanteuse, c'est un emploi prenant qui ne s'arrête jamais, c'est du 24 sur 24 ... une idée de chanson, ça peut se matérialiser à trois heures et quart du matin comme ça peut se mettre en branle en plein après-midi.
Les artistes, au travers de leur période active de création, doivent également collaborer avec nous autres, les représentants des médias et accéder à nos demandes d'entrevues. Demandes qui ne vont qu'en s'accroissant vu le nombre de médias qui est en pleine explosion ... médias télé, médias radio, médias écrit et médias web.
Si on ajoute à ça les demandes d'implications dans toutes sortes de causes, les demandes de participation à tel ou tel événement bénéfice, à tel ou tel spectacle caritatif ... on peut dire que le métier de chanteur n'en est pas un qui est donné à tout le monde.
Les artistes sont-ils tenus de répondre à chacune des personnes qui entrent en contact avec eux ... doivent ils obligatoirement prendre le temps d'écrire quelques mots à toutes les personnes qui leurs envoient des bravos, des je t'aime des lâches pas ? Les artistes recoivent ce genre de message, des messages qui font du bien par où il passe, je le conçois ... mais reçoivent toujours bien ce genre de message via courrier, via leur site web officiel, via leur MySpace et via des forums de fans sur le web. Ça commence à en faire des possibilités pour un fan de rejoindre son artiste favori !
Est-ce que l'artiste devrait prendre deux heures de sa journée quotidiennement pour répondre à chacune des personnes qui leurs font des beaux messages ? Est-ce que le fan qui écrit un message à son artiste s'attend assurément à reçevoir une réponse de sa part ou se dit-il si j'ai une réponse ... wow je serai content, mais je comprend que je ne suis pas le seul à aimer mon artiste !!! ?
Une enquête comme celle qu'a mené Philippe Meilleur frappe l'imaginaire certes et nous porte à croire que les 18 "ingrats" artistes qui n'ont pas donné suite à la demande de leur faux fan devraient être cloués sur la place publique et devraient s'auto-flageller pour avoir été si peu reconnaissant envers leur public !
Conclusion avec laquelle je ne suis pas d'accord ... un artiste qui prend le temps de signer des autographes à la fin d'un spectacle, un artiste qui répond une fois de temps en temps à quelques lettres, un artiste qui prend soin de son MySpace, un artiste qui collabore avec les médias est ... pour moi ... un artiste qui en fait bien assez pour conserver le coeur de ses fans et conserver le lien privilégié qui l'unit à ceux-ci.
Moi, ce que je demande à un artiste, c'est d'être assez inspiré pour créer des belles et des bonnes chansons, pas d'être obnubilé par ses fans au point de ne pas avoir le détachement voulu pour amener, une fois de temps en temps, son public ailleurs et le surprendre aussi. À trop avoir le nez collé contre la vitrine, on finit par oublier sa véritable raison d'être !
À vous maintenant de me faire part de votre avis ... à me dire ce que sont vos attentes par rapport à un artiste que vous aimez ... à tout coup un artiste devrait-il donner suite à tout les messages qui lui sont envoyés ? Aimez-vous moins Éric Lapointe parce que maintenant vous savez qu'il n'a pas donné suite à une demande formulée par un faux fan de 13 ans ?
J'ai hâte de vous lire là -dessus ...

Via courriel, Philippe Meilleur, journaliste derrière l'enquête avec laquelle j'ai quelques réserves m'a fait parvenir un message, une réponse à mon blogue en quelque sorte ...
Ce message, je vous permet de le lire maintenant ... les informations qu'on y retrouve devraient aider à placer le débat dans une plus juste perspective.
Bonne lecture à vous ...
Bonjour Jeff,
J'ai lu avec attention le commentaire que tu as laissé sur ton blogue. Je te remercie d'abord d'en parler dans cet espace, ça fait toujours plaisir de voir qu'un dossier a des répercussions à l'extérieur de notre lectorat régulier.
Sache d'abord que mon enquête n'a pas été réalisée avec prétention, comme en font foi les commentaires plutôt loufoques en début de texte (le « calendrier maya », par exemple). C'est quelque chose que j'ai fait avec sérieux, certes, mais ça reste un sujet plutôt léger par rapport à ce que nous traitons en temps normal. Aussi je comprend très mal ton acharnement à mettre entre guillemets le mot enquête, comme si nous avions fait passer ça comme un texte candidat au Pulitzer? Un peu de bonne foi, de grâce.
Dans la même veine, je m'explique aussi difficilement le qualificatif « sensationnaliste » dont tu as affublé mon texte. C'est complètement hors propos. La définition du sensationnalisme en journalisme est quelque chose de très péjoratif et je trouve que l'utiliser contre moi met en doute mon travail, mes méthodes et mon intégrité. L'utiliser revient à dire que j'ai exagéré les faits, que je les ai gonflés pour modifier la réalité, comme le suggère l'usage courant du terme. Pourtant, les chiffres parlent d'eux-mêmes, ils sont véridiques et vérifiables, nous avons même produit des photos de ce que nous avons reçu. Quatre artistes sur vingt-deux nous ont répondu, voilà les faits bruts que même un scientifique n'aurait pu interpréter différemment. Comment peux-tu prétendre que cette enquête est sensationnelle alors qu'elle montre une vérité inattaquable? Je mettrai ça sur le compte du galvaudage du terme « sensationnaliste » dans le monde moderne.
Pour la petite histoire, sache d'ailleurs qu'à l'origine, je croyais recevoir une réponse de tous les artistes ou à peu près, et que mon reportage était orienté vers un « palmarès » des meilleures réponses. Un autre fait qui te montre qu'il n'y avait aucune mauvaise intention derrière mon sujet et que je l'ai abordé avec la plus grande objectitivité, contrairement à ce que ton blogue laisse croire.
Maintenant, je te cite. « Une enquête comme celle qu'a mené Philippe Meilleur frappe l'imaginaire certes et nous porte à croire que les 18 "ingrats" artistes qui n'ont pas donné suite à la demande de leur faux fan devraient être cloués sur la place publique et devraient s'auto-flageller pour avoir été si peu reconnaissant envers leur public ! »
Ce paragraphe déforme affreusement mon dossier en donnant à penser que j'ai traité ceux qui n'avaient pas répondu d'ingrats, et que je les avait traînés dans la boue en leur proposant l'auto-flagellation (d'où sortent-elles, d'ailleurs, ces fausses insinuations?). Pourtant, je n'ai même pas mentionné ces artistes dans mes textes. J'ai inscrit leurs noms dans une boîte, certes, mais c'était pour montrer aux lecteurs la diversité de nos choix (du plus connu et établi au plus récent et alternatif).
Puisque je présume que tu savais sûrement qu'un journaliste ne donne jamais son opinion, sauf en critique, tu fais donc sûrement allusion aux commentaires du professeur Dupont. Tu devrais pourtant savoir, toi qui travaille dans le monde des médias, que même si j'ai rapporté ses propos, je ne les cautionne pas nécessairement. M. Dupont est une sommité en matière de communications et d?image publique (je t'invite à vérifer par toi-même à l'Université d?Ottawa), alors son point de vue sur la question est plus que pertinent, il est essentiel. Il m'a dit ce qu'il pensait de la situation, et j'ai rapporté ses paroles, comme le fait tout journaliste. Si tu n'es pas d'accord avec les conclusions de son analyse, je te suggère de lui en faire part directement, et d'éviter de s'attaquer aux honnêtes résultats de mon enquête.
Je ne m'attaque à aucun de tes arguments conçernant le fond de l'enquête, même si la majorité de ton texte s'y attarde. Pourquoi ? Parce que ce n'est pas de mon ressort. Moi, je rapporte des faits. L'interprétation, ce n'est pas mon affaire. C'est celle des chroniqueurs, des analystes, du public. Est-ce que les artistes doivent passer « deux heures par jours » à répondre à leurs fans ? Libre à toi ou à n'importe qui de lancer le débat, c'est même ce qu'a fait le prof Dupont dans l'espace que je lui ai consacré.
Sur la forme, je maintien que cette enquête est aussi solide que pertinente et véridique.
Je comprend tes réserves conçernants les conclusions de mon dossier, mais tu t'es trompé de cible en ne distinguant pas mon travail (effectuer un test et rapporter objectivement les faits, ce que j'ai réalisé avec la plus grande honnêteté) de celui du professeur Dupont. Ou plutôt, en ne faisant pas la différence entre les faits bruts et le débat qu'ils dégagent.
J'espère avoir répondu à tes interrogations, et au plaisir de t'en reparler si nous nous croisons un de ces jours.
PS: J'aimerais que tu publie ma réplique sur ton blogue, si l'espace te le permet.
Philippe Meilleur
Journaliste Arts & Spectacles
Journal de Montréal